L’adoption au Brésil

Vue sur le Pain de Sucre au Brésil

Adopter un enfant est un parcours qui peut s’avérer long, complexe et parfois douloureux.

Le nombre de foyers titulaires d’un agrément est régulièrement en baisse depuis 4 ans (20 462 en 2012 contre 28 181 en 2008) et le nombre d’agréments délivrés en 2012 était de 5 332 (7 027 en 2008).

Depuis plusieurs années, le nombre d’enfants adoptés par des familles françaises baisse nettement, passant d’environ 4 000 par an à moins de 1 400 en 2013.

En 2012, 697 pupilles de l’État ont été placés en vue d’adoption alors que 1 569 enfants venus de l’étranger ont été adoptés par des familles françaises (1 343 en 2013). De 1980 à 2013, plus de 90 000 enfants nés à l’étranger ont été adoptés en France.

On ne naît pas parent, on le devient.

J’ai décidé aujourd’hui de partager avec vous mon expérience de parent adoptant.

Une aventure du cœur pleine de rebondissements, qui nous rappelle que l’on ne naît pas parent, on le devient.

Du parcours d’adoption, à la place de l’enfant adopté au sein de la famille, jusqu’aux fragilités rencontrées, ce témoignage vous donnera, j’espère, certaines clés susceptibles d’aider les parents souhaitant s’engager dans une démarche d’adoption.

Prendre la décision d’adopter un enfant

Cela fait maintenant 21 ans que j’ai adopté.

Souvent, les gens nous disent « Ah, c’est un acte généreux ». Dans mon cas, je le considère davantage comme une démarche que je qualifierais presque d’égoïste, dans le sens où mon épouse et moi-même souhaitions créer une famille qui donnerait un véritable sens à notre vie.

À l’époque, j’étais cadre supérieur, je gagnais très très bien ma vie. Ma femme ne pouvait pas avoir d’enfant et je n’avais pas envie de m’inscrire dans une vie purement consumériste. Nous avons donc décidé d’engager une démarche d’adoption.

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Les étapes de l’adoption

Étape n°1 : la demande d’agrément auprès du service de la petite enfance

Un agrément, c’est une autorisation d’adopter. Une enquête est alors diligentée, qui dure 9 mois, comme la symbolique d’un accouchement.

Nous étions à l’époque le premier couple à demander une adoption sur Lisieux. Nous avons dû nous soumettre à une batterie de questions de la part de professionnels : éducateur et psychologue, soucieux de savoir dans quelles conditions nous vivions, comment nous envisagions l’éducation de notre futur enfant, les valeurs que nous allions lui transmettre, l’organisation que nous allions mettre en place afin de nous en occuper au mieux.

Sans oublier la fameuse visite médicale, et l’évaluation à la loupe de notre logis. Ils nous ont demandé de faire un plan d’éducation ; je sortais d’une école de commerce, je leur ai fait un plan de restructuration. Nous avons assez mal vécu cette investigation, d’autant que les enquêteurs sociaux, peu habitués à ce type de démarche, étaient relativement maladroits.

Pour autant, avec le recul, il faut bien admettre que cela nous a permis de nous poser un certain nombre de questions, que nous ne nous serions jamais posées si nous avions eu des enfants naturels.

À l’issue de cette enquête, nous avons enfin obtenu notre agrément pour l’adoption de trois enfants, ce qui était plutôt rare à l’époque. Je peux donc me vanter d’avoir mon permis d’être père.

Étape n°2 : la douche froide

On découvre la complexité réelle de l’adoption.

Nous avons alors appris que la liste pour adopter un enfant français était très longue et que l’adoption d’un bébé était très rare. En somme, si nous voulions adopter rapidement, il fallait nous tourner vers l’étranger. Nous sommes donc repartis avec une liste d’associations.

Je me souviens que nous avions alors porté notre dévolu sur une association qui répondait au doux nom de « Au bonheur du monde », ce n’était pas très rationnel, il faut bien l’avouer, mais, dans ces circonstances, on devient fleur bleue.

Étape n°3 : faire appel à son entourage.

Il se trouva que mon oncle Ivo, un prêtre ouvrier, vivait au Brésil depuis 25 ans parmi les plus démunis. Il avait une amie, Zoé ; elle était religieuse et travaillait dans un orphelinat. Zoé faisait un tour d’Europe pour collecter des fonds au bénéfice de son orphelinat qui comptait alors 120 enfants. Son périple la conduisait en France. Aussi avons-nous demandé à oncle Ivo de nous la faire rencontrer.

La pauvre, nous l’avons assaillie de questions sur les enfants de son orphelinat. Nous ne comprenions pas pourquoi elle nous soutenait qu’ils n’étaient pas adoptables. Et puis, de guerre lasse, elle a fini par sortir de son portefeuille la photo d’une petite fille.

L’enfant, âgée de un an et demi, était tenue debout sur une table. Nous avons immédiatement craqué pour Tina.

Qu’à cela ne tienne, notre enfant serait brésilienne, et nous avons lancé la procédure d’adoption.

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Combien de temps a duré la procédure

La procédure a mis pratiquement 3 ans. Le Brésil ouvrait très difficilement l’adoption de ses enfants hors les frontières à cette époque. Le gouvernement craignait qu’ils ne soient vendus à des trafiquants d’organes ; l’intervention d’un ministre de la Santé n’avait fait que renforcer leur crainte. Toutes les procédures ont ainsi été gelées durant plus de 3 ans.

Nous appelions tous les 15 jours, on envoyait des courriers, en vain ; le dossier n’avançait pas. Nous avons alors décidé de partir au Brésil.

Entre temps, nous avions appris que Tina avait une sœur, Juliana. Comme nous avions un agrément pour 3 enfants, nous avons précisé notre souhait d’adopter également sa sœur.

Comment cela s’est passé sur place

Sur place, nous avons vu l’avocat en charge des dossiers auprès de l’organisme d’adoption, à Belo Horizonte. Nous avons dû d’abord créer des relations amicales avec des personnalités locales influentes.

Pour accélérer les choses, nous avons offert une bouteille de parfum « Poison » à la secrétaire pour qu’elle mette notre dossier au-dessus de la pile, et une bouteille de champagne Louis Roederer au juge du petit village pour le remercier de son implication. C’est le seul fait de corruption que nous nous sommes autorisés, il était hors de question que l’on achète nos enfants, en versant de l’argent.

Après plusieurs semaines, notre situation a fini par se débloquer.

Si nous avions enfin près de nous nos petites filles, pour autant nous n’avions toujours pas l’autorisation de les faire sortir du territoire. Les parents naturels des enfants étaient toujours en vie, ce qui rendait les démarches encore plus complexes.

Les parents, tous deux de santé très fragile, se trouvaient dans la plus grande pauvreté et n’étaient pas capables de subvenir aux besoins de leurs enfants, d’où leur placement à l’orphelinat. Pour autant, les autorités voulaient s’assurer que les parents naturels acceptaient bien de renoncer à leurs droits parentaux et qu’ils en comprenaient les conséquences.

Cela faisait plus de 6 semaines que l’on vivait avec elles au quotidien. Quand nous avons obtenu l’autorisation de les ramener en France, cela a été un vrai soulagement. Entre temps, j’avais été obligé de repartir en France pour mon travail. Ma femme est donc restée avec les petites au Brésil, puis les a ramenées en France.

Une fois revenus en France avec Tina et Juliana, nous avons découvert qu’elles avaient une sœur Sylvana, 11 ans, qui montrait de forts troubles du comportement, et un frère Julimar, 14 ans, qui avait toujours vécu dans la rue.

Et là, se décider de passer de 1 à 4 enfants !

Nous aurions très bien pu n’adopter que les deux petites, mais quand nous avons entendu nos filles prononcer les noms de Sylvana et de Julimar et que l’on a fini par comprendre qu’il s’agissait de leur sœur et de leur frère, il n’était pas question de les laisser derrière nous.

Nous devions reconstituer la fratrie. Nous avons donc décidé de redemander un agrément pour pouvoir les adopter, que nous avons obtenu cette fois en 6 mois. Huit mois après, on repartait au Brésil, avec les deux petites, chercher le reste de la fratrie.

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Un enfant adopté devient-il un enfant à soi à part entière ?

Certains disent « D’accord, tu les as adoptés, mais ce ne sont pas tes vrais enfants ». En réalité, les choses ne se posent pas en ces termes. Ces personnes n’ont pas conscience qu’être parent n’émane pas d’une logique génétique, mais relève bien davantage de questionnements, d’attitudes, d’attention, de responsabilité et surtout d’amour.

Lorsque l’on adopte, il y a l’avant, le pendant et l’après.

Avant, on passe son permis d’être parent.

Pendant la procédure d’adoption, une foultitude de questions et de doutes s’emparent de nous : est-ce que je vais être à la hauteur ? Est-ce que je vais les aimer ? Est-ce qu’ils vont m’aimer ? Comment ça va se passer ?

Pour corser l’affaire, nous avions fait le choix d’adopter des enfants brésiliens – ne parlant pas la même langue, et avec une couleur de peau un peu plus colorée – qui suscitaient d’autres interrogations sur leur capacité à s’intégrer, à être acceptés…

Et en réalité, une fois qu’ils sont à la maison, auprès de soi, toutes ces questions sont rapidement balayées. Dès lors que l’on cesse d’intellectualiser les choses pour les vivre pleinement, tout devient fluide et évident.

On devient parent à part entière, point.

Dès le départ, je me suis pleinement senti leur père. Ils sont mes enfants, non pas issus de mon sang, mais de mon cœur. Et même 20 ans après, ce n’est pas près de changer.

Devenir parent en très peu de temps d’une fratrie de 4 enfants

Avec nos enfants, nous avons connu les 2 facettes de l’adoption.

Celle qui se passe en douceur et bonheur, avec nos filles de 5 et 7 ans. Elles ne demandaient qu’à être aimées et protégées. Elles, qui avaient vécu dans la plus grande précarité, s’émerveillaient de tout : les yeux de Juliana pétillaient devant sa première glace ; leur offrir un croissant revenait à leur offrir le monde. C’était merveilleux. À cet âge, c’est très facile.

En revanche, avec les plus grands, âgés de 11 et 14 ans, ce fut nettement plus compliqué. Ils arrivaient au sein de notre famille avec déjà une histoire, un passé. Il nous a fallu faire face à certaines réalités auxquelles nous n’étions pas préparés.

Avec Sylvana, j’ai ainsi découvert le monde du handicap, qui m’était totalement étranger.

À 11 ans, c’était une enfant sauvage, perturbée, avec un langage très limité. À l’orphelinat, en voyant ma photo, elle s’était pourtant exclamée « papaille », « papa » en brésilien. Aucun diagnostic n’était alors posé concernant son état. Je me disais que cette enfant avait dû être martyrisée, et qu’il suffirait de la faire soigner pour que les choses s’améliorent. En bon manager, je me disais qu’à tout problème correspond une solution ; il suffit de la trouver et hop, on y va.

Scanner, radio, orthophonie, art thérapie… on a fait la totale, sans succès. Ce n’est que 3 ou 4 ans après son adoption, à notre arrivée sur Nantes, qu’un diagnostic d’autisme fut enfin posé. On se croit tout-puissant, capable de révolutionner le monde, et soudain il faut faire le deuil, apprendre à accepter, pour enfin se dire « on va aimer une enfant différente ».

Enfant courant dans l'herbe

Et de fait, on vit des moments extraordinaires avec Sylvana. Elle a un lexique très réduit d’une centaine de mots, mais c’est elle qui communique le plus ; c’est assez étonnant. Elle ne sait pas faire la différence entre le chaud et le froid, mais, si dans la confection d’un gâteau on oublie le sucre, elle réprimande. L’enfant sauvage est devenue une jeune femme de 30 ans, particulièrement coquette. Elle a su conquérir une certaine autonomie ; elle travaille à l’Esat (établissement et service d’aide par le travail) d’Orvault, et occupe un appartement dans un foyer d’hébergement. On la sent heureuse et épanouie.

Julimar, du haut de ses 14 ans, est arrivé quant à lui avec les fondamentaux de la rue, solidement ancrés en lui. Il faut bien comprendre que, il y a plus de 20 ans, le Brésil était encore un pays du tiers-monde. Un enfant des rues n’avait pas d’autre choix que de chaparder pour se nourrir et survivre. Enfant sans repère, sans éducation, ni règle, il était, à sa façon, lui aussi un enfant sauvage.

À son arrivée en France, nous l’avons inscrit dans une école qui accueillait des enfants de ressortissants étrangers, pour qu’il puisse apprendre le français. Julimar n’avait jamais été à l’école de sa vie. Il était en total décalage avec les autres élèves. Il arrivait en classe avec son ballon, et quand il n’en pouvait plus, sortait pour jouer.

Heureusement, l’un de ses professeurs l’a aidé à s’intégrer. Il a aujourd’hui 33 ans et n’a jamais tout à fait réussi à trouver sa place. Je ne peux pas m’empêcher de me sentir quelque part responsable. J’espère qu’un jour mon fils saura trouver les clés qui lui permettront de vivre sereinement.

L’arrivée d’un enfant peut parfois troubler l’équilibre d’un couple

Il faut être conscient qu’adopter des enfants plus âgés est tout de suite plus compliqué ; et il faut un couple solide pour faire face. Nous ne connaissions rien au mode de fonctionnement des enfants et encore moins à celui des adolescents.

Contrairement aux familles « classiques », notre apprentissage de parents n’a pas pu se faire sur la durée à mesure que les enfants grandissaient. Dans notre cas, le temps s’est contracté et tout a été amplifié. Notre couple n’y a pas résisté, il a volé en éclats, en partie à cause de cela.

Notre vision de la vie et de la manière d’éduquer nos enfants était trop différente.

Est-ce que je le referais ?

Malgré certaines déceptions que j’ai pu avoir, je le referais sans hésitation. Lorsque j’ai entrepris cette démarche, j’étais cadre supérieur, les copains partaient au ski, étaient abonnés à Canal +, première chaîne câblée-cryptée, le must à l’époque ; ils étaient dans une situation de consommation et dans une vie quelque part très superficielle.

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Les enfants m’ont ramené aux vraies valeurs : valeur du partage, de la solidarité et de l’amour. L’adoption n’est pas un long fleuve tranquille ; mais, en même temps, je ne serais pas devenu l’homme que je suis, sans avoir entrepris cette grande aventure humaine.

Après mon divorce, j’ai dû élever mes enfants seul, et puis j’ai rencontré Nathalie, mon épouse depuis plus de 10 ans. Elle a su être l’épaule dont j’avais besoin. Elle a apporté aux enfants une écoute attentive et s’est totalement investie auprès de Sylvana. Je ne la remercierai jamais assez pour tout l’amour qu’elle nous apporte chaque jour.

Un dernier conseil

Je dirais qu’il ne faut pas se projeter, en imaginant ce que pourrait être l’avenir de ses enfants. Il faut vivre le quotidien.

Informations pratiques pour les parents en projet d’adoption

L’association EFA (Enfance et familles d’adoption) de votre département est là pour vous aider, vous guider et vous soutenir dans vos démarches, vos interrogations, votre attente. N’hésitez pas à la contacter ou à consulter leur site.

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Vous y trouverez un certain nombre de réponses aux principales questions que vous vous posez :

  • Qui peut adopter ?
  • Quel enfant peut-on adopter ?
  • Quels sont les chiffres de l’adoption en France ?
  • Quels sont les pays concernés par l’adoption ?
  • Qui prononce les adoptions ?
  • Quelles sont les motivations pour adopter ?
  • Pourquoi parle-t-on de « deuil de l’enfant biologique » ?
  • Quelles sont les démarches à faire pour adopter ?
  • Pourquoi certaines personnes ont-elles tant de mal à adopter ?
  • Pourquoi est-il si difficile d’adopter en France ?
  • Combien de temps faut-il pour adopter ?
  • Où puis-je trouver toutes les informations pour adopter ?
  • Puis-je choisir l’enfant que je vais adopter ?
  • Combien coûte une adoption ?
  • Dois-je parler de mon projet à mon entourage ?