Pourquoi les entreprises ne recrutent-elles pas ?

Recrutement et chômage en France

Depuis janvier 2016, la France compte environ 2,8 millions demandeurs d’emplois. Au 1er semestre 2016, la tendance reste stable. Mais alors que l’Allemagne affiche un taux de chômage de 4,3 %, la France stagne à 10,2 %.

Parmi les chômeurs, 1,2 millions d’entre-eux déclarent rechercher un emploi depuis au moins 1 an. Le taux de chômage de longue durée représente 4,3 % de la population active au premier trimestre 2016. Soit une augmentation de 0,1 point par rapport au trimestre précédent, comme sur l’année.

La relance tarde. Les entreprises ne parviennent pas à créer de l’emploi.

Pourquoi ?

La confiance favorise l’emploi

Psychologiquement, un entrepreneur confiant s’inscrit dans une dynamique positive, d’enthousiasme et d’élan vers des produits nouveaux et des prises de risques acceptables.

La méfiance crée le doute

Dans ce contexte, le chef d’entreprise va jouer l’attentisme. Son instinct l’incite plutôt à rentrer les voiles. Il existe très peu d’audacieux prêts à se lancer dans la tempête avec l’espoir secret de faire une pêche miraculeuse.

Hors, pour recruter, un chef d’entreprise doit d’abord s’assurer de sa capacité à donner du travail. Pas pour 8 jours, mais pour du long terme. Les commandes, l’activité, les clients, les projets et le chiffre d’affaires, doivent être au rendez-vous.

Être capable de se projeter dans l’avenir

Au Quintessia, nous sommes passés en 2004, de 20 à 36 collaborateurs grâce à la création d’un spa de 600 m². Nous nous sommes projetés dans l’avenir. Nous avons fait le pari de transformer l’entreprise, de la faire évoluer et de recruter une équipe de 10 personnes.

10 ans plus tôt, cette prise de risque était encore envisageable. Aujourd’hui, nous devons faire face à de profonds changements de comportement : les clients sont moins fidèles et de plus en plus exigeants. Ils sont davantage dans l’urgence et dans la négociation à tout prix. Plus que jamais, l’entreprise est soumise aux influences de son environnement économique, social et sociétal. Sans compter l’absence de soutien des banques, mais ceci fera l’objet d’un prochain article.

Recrutement : une prise de risque pour les petites entreprises

Un patron ne recrute jamais avec l’idée de licencier 2 jours plus tard.

Pour un artisan, un commerçant, une TPE ou une PME-PMI de moins de 50 salariés, recruter correspond à une étape de développement cruciale. Le nouveau collaborateur est considéré comme une nouvelle pièce maîtresse dans le processus de réussite de l’entreprise.

PME-PMI : un recrutement jamais anodin

Une entreprise, c’est avant tout une histoire collective. Le chef d’entreprise n’est rien sans ses collaboratrices et collaborateurs.

Le recrutement est un véritable engagement de confiance et d’avenir qui comporte une part de risque.

Il faut savoir choisir le bon profil, le bon tempérament, qui s’accordera avec le reste de l’équipe. Bien souvent, il sera nécessaire de le former aux méthodes de l’entreprise, voire à ses nouvelles fonctions.

Le patron capitalise du temps sur la nouvelle recrue, un coût de formation, et l’envie, beaucoup d’envies. Celle de faire progresser le salarié, de contribuer à son épanouissement et qu’il puisse devenir sous 6 mois ou un an, un levier de développement.

Certains mariages sont heureux, d’autres sont fondés sur des erreurs d’appréciation, des divergences de point de vue, ou de vision. Au sein d’une entreprise le couple employeur / employé connait les mêmes péripéties. Il existe bien davantage de bons patrons que de mauvais, de même qu’il existe des salariés impliqués et d’autres moins.

Les périodes d’essais des contrats en CDI permettent de s’apprécier mutuellement et de mûrir la décision de s’unir sur le long terme.

Il s’agit de s’assurer, mutuellement, que le long terme est possible. Qui accepterait de signer un chèque en blanc sur l’avenir, sans sourciller ?

Quelles solutions pour recruter davantage ?

Il est capital d’alléger les charges et les normes pour davantage recruter.

Comme aime à le rappeler très régulièrement le célèbre économiste Olivier Torres, si le tissu économique de la France est constitué à 99 % de PME – PMI, les lois et normes sont créées pour les 1 % restant.

Des principes de précautions qui sclérosent le monde du travail

On va droit dans le mur, d'Agnès Verdier-Molinié Agnès Verdier-Molinié met en évidence dans son ouvrage « On va dans le mur », les lourdeurs qui nous sont imposées.

Rendez-vous compte :

  • 400 000 normes,
  • 10 500 lois,
  • 360 impôts et taxes,
  • 103 aides sociales différentes,
  • pas moins de 37 régimes de retraite,
  • et 3 500 pages de code de travail.

On assiste à un empilement de réglementations. Chaque nouvelle norme devrait permettre d’en supprimer 10.

Après 20 ans d’expérience en tant que chef d’entreprise, je constate que j’ai de moins en moins de liberté et de plus en plus de compte à rendre. Je dois faire face à des normes qui évoluent en permanence et qui pèsent lourds sur mon compte d’exploitation.

Dans notre établissement, la visite de la commission de sécurité, qui passe tous les 3 ans, se solde par un budget de remise aux normes entre 8 000 et 10 000 euros, au minimum.

Il faut être polytechnicien pour expliquer une feuille de paie à nos collaborateurs. Nous nous trouvons face à une telle opacité, que notre pays en est rendu à nommer un ministre de la simplification.

Le principe de précaution, imposé dans les entreprises, va à l’encontre même de certains métiers. Il est même à l’origine du ralentissement des contrats d’apprentissage des moins de 18 ans. Bientôt, dans nos cuisines, un apprenti n’aura plus le droit d’utiliser un couteau.

Le travail pour tous Samuel TualRéhabilitons les valeurs du travail

« Pourquoi le travail est il considéré comme une souffrance ? » questionne Samuel Tual dans son ouvrage « Le travail pour tous ». Ne serait-il pas plus judicieux d’envisager un compte d’épanouissement plutôt qu’un compte de pénibilité au travail ?

Pourquoi Pôle emploi sanctionne t-il un demandeur d’emploi qui trouve un emploi d’appoint ou qui crée « trop vite » son entreprise ? Il devrait lui accorder au contraire une prime.

Près d’1,7 millions de postes en carence en France

Le paradoxe de notre pays ? 3,6 millions de chômeurs face à 1,7 millions de postes en carence de candidats.

Selon Le Figaro, il y aurait en 2015 1,7 millions de postes à pourvoir, dont 64% dans le secteur des services ! Plus de 450 000 entreprises présentent des besoins en recrutement non satisfait.

Trouver du personnel prêt à travailler le week-end, en horaires décalés ou en coupure, ou à pratiquer un métier physique, devient complexe. Ce qui explique ce constat de carence en main d’œuvre compétentes dans certains métiers de services, de la santé, du bâtiment et de l’industrie.

Offrir aux jeunes de vraies perspectives

Espoir et confiance, 2 mots pour résoudre l’un des plus grands maux de notre société.

Aujourd’hui on demande à un jeune « que veux-tu faire plus tard ? ». Mais très peu sont en capacité de répondre à cette question. Une grande majorité suivent presque par mimétisme la voie tracée par l’un de leurs parents ou d’un proche de leur famille.

Ne serait-il pas plus pertinent de leur faire connaitre les métiers qui, dans 5 à 10 ans, sont susceptibles de présenter des pénuries de main-d’œuvre ? On mettrait peut-être ainsi fin aux usines à chômeurs, ouvrant à ces jeunes de nouvelles raisons d’espérer.

Une citation de Winston Churchill, sur laquelle méditer :

« Certains considèrent le chef d’entreprise comme un loup qu’on devrait abattre ; d’autres pensent que c’est une vache que l’on peut traire sans arrêt. Peu voit en lui le cheval qui tire le char ! »